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Vogue Sifflevent !

Super tanqueur

26 Juillet 2013, 16:52pm

Publié par Djino

"Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer."
Sagesse
Bretonne.

C'est quand la marée est favorable qu'il faut sortir. Il faut une bonne météo, pour limiter les risques de coup de vent, orages et autres... Un bon coefficient, aussi, car parfois, même à marée haute... Ben y'a pas d'eau... C'est comme ça.

La semaine dernière, j'avais donc prévu de sortir chaque soir en rentrant du travail, faire un tour, avec Junior, tranquille, pour se détendre et croiser les amis sur l'eau. J'avais calculé avec les horaires, les coefs, j'avais prévu les pique-nique et tout...

Le premier truc ou j'ai raté, c'est que la voiture qui a l'attelage, c'est Djina qui l'avait, et qu'elle était à 400 bornes pour les deux tiers de la semaine. J'avais bien pensé, durant le week-end, qu'il faudrait que je revienne avec, mais ça m'est sorti de la tête...

Donc, pas de voiture pour mettre à l'eau le lundi. Heureusement, j'ai des amis... J'ai emprunté la twingo de Steph, et en échange, je les ai invités, lui et Sosso, à venir en bateau avec moi. Normal.

Histoire d'un aller et retour !

Le temps de tout régler, d'arriver à la maison, d'atteler et de filer à la cale, le temps de mâter(1) et de se faire doubler par un mec pas cool pour la mise à l'eau, nous nous vîmes un poil en retard sur l'horaire pour quitter le port.

Qu'à cela ne tienne, on l'a dit, on le fait : On va aux cabanes et on pique nique ! De toutes façons, aujourd'hui il y a beaucoup d'eau. C'est bien simple, la plage a carrément disparu.

Heureusement, le vent est au rendez-vous. On file à belle allure vers les cabanes tchanquées. On surveille les piquets, les bouées, et les marques, histoire de pas s'empaler connement sur une ferraille et on fait quelques photos.

(1)par "mâter" j'entends "dresser le mât" du bateau, pas reluquer les vacancières en maillot !
Les Cabanes Tchanquées de l'île aux oiseaux.

Les Cabanes Tchanquées de l'île aux oiseaux.

Il n'y a pas grand monde ce soir là aux cabanes. Le pique-nique sera quand même vite expédié, car le niveau de l'eau est faible, et la route est longue...

Un long bord au portant nous ramène rapidement jusque devant le village.

Et là... On se rend compte que de l'eau, il n'y en a plus beaucoup... Plus assez en tout cas pour couper tout droit au dessus des vasières. il faut contourner pour trouver l'entrée du chenal. Le virement pour entrer dans le chenal nous met alors sur un bord de près, et le courant est tellement fort qu'on avance plus. Il faut donc affaler les voiles et continuer au moteur.

Le moteur relevé au maximum brasse de la vase à plusieurs reprise en luttant contre le courant, malgré une conduite au plus loin du milieu pour ne pas rester immobile. C'est un compromis difficile : au milieu, un courant plus fort, et sur les cotés un niveau d'eau plus bas...

Je parviens malgré tout à nous approcher jusque vers l'entrée du port, mais je vois bien qu'à la cale, il n'y a déjà plus d'eau du tout.
Et là, le moteur ne brasse plus que de la vase, si je ne veux pas le détruire, je dois couper... Il va falloir jeter l'encre en bordure du chenal et attendre la prochaine marée... Prévue vers 6h00 demain matin.

A moins de cent mètres de la plage... Heureusement.

Mais un tout petit peu trop loin !

Junior et moi descendons pour tirer le bateau sur le talus de vase qui borde maintenant le chenal. La vase nous arrive au genou, et malgré nos efforts, Sifflevent reste "tanqué" le nez en l'air. On jette l'ancre et on rassemble les affaires.

Steph et Sosso sont rassurés, ils vont pouvoir rentrer ! Que d'émotions ! On rigole un peu plus maintenant, mais pendant un temps on a bien cru qu'on allait passer la nuit sur les vasières, à chanter à tue-tête les chansons de Jean-Claude Dusse coincé dans les remontées mécaniques...

Après une progression difficile dans la vase pendant une trentaine de mètres, on se rince les jambes dans une flaque et on arrive sur la plage.

le détail du chemin...

le détail du chemin...

Une nuit à la belle étoile... de mer !

Il faut se rendre à l'évidence, le bord du chenal, c'est pas la meilleure place pour s'échouer à la marée du soir. Pas la pire non plus, bien sûr, parce qu'au milieu du bassin, c'est quand même plus ennuyeux... Quoique certainement exotique...

Mon problème pour l'heure : faut-il rester dans le bateau pour s'assurer qu'il ne génère pas de problème lorsque l'eau remontera, comme heurter un autre bateau ou bien un piquet qui borde le chenal ? Ou bien faut il aller tranquillement dormir à la maison et revenir sur le coup de 4 heures du matin, lorsque l'eau commence à remonter. En espérant que le bateau soit toujours là... et complet !

Je décide donc de revenir passer la nuit à bord, afin d'être sur place pour gérer les problèmes le cas échéant. Stéphane et Sosso nous déposent à la maison, et après les recommandations d'usage à Junior qui préfère rester seul à la maison que retraverser la vase, ils me ramènent à la plage, muni de ma torche, de mon sac de couchage et de ma bonbonne d'eau.

Je retourne au bateau par le chemin inverse, en repassant aux endroit ou la vase reste au niveau du genou.

La pleine lune est maintenant levée et le paysage est magnifique. A l'horizon, les lumières de Gujan, de La Teste, et d'Arcachon scintillent. Un peu plus loin à droite, celles du Cap Ferret et des villages de la presqu'île surmontées du clignotement rouge du phare. Tout l'horizon est une petite guirlande de scintillements blancs, jaunes, rouges. La pleine lune et le ciel clair se reflètent sur les vasières humides ou trônent comme dans un lac asséché, les navires de plaisance posés près de leurs bouées de corps-mort. Un semblant de silence s'installe. J'entends juste le bruit de succion lorsque je tire mon mollet et mon pied vers le haut pour le prochain pas.

Arrivé au bateau, je me hisse sur le banc tribord, et j'entreprends de me rincer les pieds : j'ai deux belles bottes bien épaisses en vase noire fraiche et puante. L'exercice est un genre de cascade : en équilibre sur le bord du banc, je verse d'une main l'eau de la bonbonne sur mes guiboles, tout en frottant de l'autre la boue gluante. J'y ai passé la quasi totalité des huit litres que j'ai apportés, mais j'ai maintenant les pieds propres. Le temps qu'ils sèchent, je vais finir le pique nique, car les aventures, les enfants vous le diront, ça creuse l'estomac.

Il reste du roti froid, miam ! Un peu de pain, et de tomates cerises et... Oh ! Une bière ! (il faut économiser l'eau... on ne sait jamais... la mer pourrait bien ne jamais remonter...). Assis au fond du bateau, je mange, et mes pieds sèchent.

La plage à marée basse à cette heure un soir d'été, sous la pleine lune, est un spectacle étonnant. l'impression de silence que j'ai ressentie tout à l'heure laisse place à la perception d'une quantité de bruits. D'Andernos, le vent porte le son de l'orchestre qui joue des chants gascons sur la scène de la place de la jetée, près du grand pin parasol. Les lundi de l'été c'est soirée "Lous Pignots" ... (un aperçu en video).

Lous pignots - démonstration de danse traditionnelle gascone Place de la jetée à Andernos.

Lous pignots - démonstration de danse traditionnelle gascone Place de la jetée à Andernos.

J'avais peur d'être à l'étroit dans le roof et comme la nuit est chaude je me glisse dans mon sac de couchage en mode sarcophage à ciel ouvert dans le fond du cockpit, et remonte le gros zip de plastique ; j'y tiens entièrement allongé un peu penché, la tête légèrement vers le haut et les pieds en bas.

Je fredonne une vieille chanson des Avions:

"La nuit est chaude (bis), Elle est sauva-age,
la nuit est belle... Pour ces otages !
"
...et je pouffe tout seul comme un benêt...

Je contemple le ciel, droit devant en écoutant les bruits alentour. Il y a des enfants qui jouent, jusque tard après minuit, qui se fabriquent des beaux souvenirs de liberté et de batailles d'algues et de bouillasse, de cache-cache et d'histoires de monstres. Ils auront le regard vague, et un petit sourire absent en y repensant plus tard.

Il y a des ados en vélo qui passent près du port, et un concert de grillons dans le jardin de la maison au coin de la plage. Le restaurant ferme, le dernier qui sort éteint les lumières en partant.

Il reste les réverbères du port.

J'aurais du prendre un coussin, ce gilet de sauvetage fait un minable oreiller. Je me demande ce qui produit ce bruit. Près de ma tête, sous la coque un petit bruit de bulles qui fait pip, pip, pip, en ralentissant, durant quelques secondes, s'arrête un instant, puis reprend avec le même rythme et une certaine régularité. Je l'écoute attentivement pendant plusieurs minutes pour essayer de deviner ce que cela peut être... mais mystère !

Je suis bien, là, et je sombre. La dureté du plancher et l'inconfort de la situation me réveillent plusieurs fois, mais je parviens à dormir. Un peu. Il me semble même que j'ai rêvé.

Debout les crabes !... La mer monte !

C'est le retour à la flottaison qui m'a réveillé pour de bon ! J'ai entendu l'eau avant de lever la tête. En ouvrant les yeux, j'ai vu le piquet qui se rapprochait... Le bateau bougeait.

Un coup d'œil à l'heure : 4h00. Un autre par dessus bord : l'eau arrive, mais pas encore de quoi naviguer. Je vais attendre une quarantaine de minutes, ça devrait suffire.

Je me rallonge et j'écoute. Des quantités de poissons frétillent. Ils font clapoter l'eau. Des voix approchent. Un homme... et une femme. La discussion a l'air animée. Il parle de sa compagne on dirait... il se plaint... La fille lui répond que lui aussi, il exagère... Qu'il pourrait faire des efforts... Je vous passe le reste, mais c'est du même genre.

Qu'est-ce qu'ils viennent me saouler à 4h00 du matin avec leurs histoires... je suis échoué moi, merde ! Foutez moi la paix ! On peut plus se tanquer dans la vase tranquille !... pffff !

Près du bord... Juste un petit peu trop près !

Un nouveau bruit m'interpelle. Un wiiiiiiiizzzzzzzzzzzz ! Suivi d'un plouf ! Tout près, là à quelques centimètres... Dans le noir... Je relève la tête pour regarder par dessus bord. Rien. Je me rallonge en ronchonnant. Wiiiiiiizzzzzzzzzzz ! Plouf ! Le pêcheur vient de relancer son plomb... A croire qu'il vise mon bateau... je le vois, maintenant, à la pointe du parapet... qui mouline en silence pour ramener son fil. Au wiiiiiiiiiiiiiizzzzz suivant, j'ai baissé la tête. Je vais pas survivre à un naufrage pour me faire pêcher à marée montante comme un vulgaire mulet, à deux doigts de la délivrance... Namého ! Je me lève, et j'empoigne ma torche, que j'allume pour me signaler ! En tapant un peu des pieds, je pourrais même faire fuir le poisson. Faut pas faire chier Djino Lambert qui dort dans son bateau !

De toutes façons, la nuit est morte, je pourrai plus fermer l'œil. L'eau a bien monté et le temps de ranger mon lit (?) et de me préparer à partir, Il y a assez d'eau dans le chenal pour rentrer.

Je lève l'ancre et lance le moteur, puis de deux coups de pagaie je pousse dans la vase pour m'extirper, je rejoins le chenal. Et de là, le port. En trois minutes. Je m'amarre au ponton, attrape mes tongs et rentre à la maison à pied chercher la remorque.

Et reveiller Junior, pour qu'il m'aide à sortir Sifflevent de l'eau.

A 6h00 j'étais au lit, et à 7h30 debout pour tout rincer avant de partir bosser...

Le soir en rentrant du boulot, malgré la marée et le vent qui donnait envie d'aller sur l'eau... je me suis dit que, finalement, ça pouvait attendre un peu.

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H
Extra ton aventure, une nuit sur ton bateau, penard, en sirotant une ptite bière, cool. Mais chuuut, tu as raison de nous laisser croire à un accident, on pourrait bien être envieux ...
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K
j'adore! on s'y croirait! bisous
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